Écrire à la main : quand les mots nous font du bien
Il y a quelques jours, j’ai regardé une interview de Régine Detambel, autrice et formatrice en bibliothérapie et animatrice d'ateliers d'écriture, consacrée aux effets physiques, psychiques et émotionnels de l'écriture manuscrite.
Une heure d’échange autour des mots, du geste d’écrire, de la mémoire, des émotions, de la solitude créatrice… Une heure qui m’a forcément passionnée et qui m’a donné envie de revenir sur quelque chose que l’on oublie parfois : écrire, ce n’est pas seulement produire un texte. C’est aussi vivre une expérience.
Et cette expérience commence par un geste très simple : prendre un stylo et le poser sur une feuille.
Écrire, ce n’est pas seulement raconter
Lorsque l’on parle d’écriture, on pense souvent à ce qu’elle va produire : une histoire, un souveni, un poème ou quelques pages d’un journal. Peut-être même un roman. On se demande ce que l’on va raconter, comment on va l’écrire, si le texte sera intéressant ou « bien écrit ». Mais on s’intéresse beaucoup moins à ce qui se passe en nous pendant que nous écrivons.
La main avance sur le papier. Elle hésite parfois. On cherche un mot, on en rature un autre. On revient en arrière. On laisse une phrase en suspens avant de reprendre. Peu à peu, quelque chose prend forme.
Une pensée encore confuse devient une phrase. Une sensation trouve quelques mots. Un souvenir en appelle un autre. Une idée que l’on n’avait pas prévu d’écrire apparaît au détour d’une ligne. C’est cette dimension de l’écriture qui me fascine particulièrement.
Le papier comme un espace où déposer ses mots
Une phrase de Régine Detambel m’est restée après avoir regardé l’interview :
« Le papier, ça vous contient, ça vous enveloppe ; c’est une peau, c’est magique »
Je trouve cette image très belle, parce qu’une feuille peut effectivement devenir un espace où déposer quelque chose. De ce que l’on pense à ce que l’on ressent. Ce que l’on ne comprend pas encore très bien ou ce que l’on n’a peut-être jamais formulé. Et une fois les mots posés devant soi, ils ne sont plus exactement au même endroit. Ils deviennent visibles. On peut les relire, les laisser reposer, les reprendre, les transformer… ou simplement refermer le carnet.
Écrire ne signifie d'ailleurs pas forcément chercher une réponse. Il peut simplement s’agir de donner une forme à ce qui était jusque-là diffus.
On écrit aussi avec le corps
C’est également l’un des aspects de cette interview que j’ai particulièrement aimé : Régine Detambel revient sur la dimension physique de l’écriture manuscrite.
Car écrire à la main demande du temps : impossible d’aller aussi vite que nos pensées. J'y retrouve ce que j'ai déjà constaté en ateliers et qui est aussi mentionné dans l'ouvrage d'Emmanuelle Jay : l'écriture thérapeutique, une voie d'accès à l'inconscient (éditions Erès).
Il faut tracer les lettres, former les mots, suivre le mouvement de la main. Ce rythme particulier nous oblige à ralentir. Et peut-être est-ce aussi pour cela que l’expérience n’est pas la même qu’en tapant quelques lignes rapidement sur un clavier ou sur son téléphone. Il y a le papier sous la main, le stylo que l’on tient, le bruit de la pointe sur la feuille, les ratures, les marges que l’on envahit parfois…
On écrit avec la main et le corps, autant qu’avec l’esprit et le cœur. Et je trouve ça magnifique.
Écrire sans chercher à « bien écrire »
C’est sans doute une autre idée essentielle à mes yeux parce que nous avons souvent appris à associer l’écriture à une forme de résultat : il faudrait écrire correctement. Trouver les bons mots. Construire de belles phrases. Ne pas faire de fautes. Être intéressant. Avoir de l’imagination. Toutes ces attentes peuvent finir par nous éloigner de l’écriture.
Pourtant, un texte n’a pas toujours besoin d’être beau, réussi ou destiné à être lu. On peut écrire uniquement pour soi. Écrire quelques lignes maladroites. Faire une liste. Commencer une phrase sans savoir où elle nous conduira. Raturer. Recommencer. Écrire quelque chose que personne ne lira jamais.
Dans mes ateliers, c’est aussi cette liberté que j’aime aussi transmettre : la proposition d’écriture donne une impulsion, mais chacun reste libre de ce qu’il en fait et de ce qu’il souhaite partager.
Parce que parfois, l’écriture n’a pas besoin d’avoir d’autre but que celui d’écrire.
Ce que les mots peuvent faire émerger
Lorsque l’on s’accorde cette liberté, l’écriture peut nous surprendre. On commence avec une idée et une autre apparaît. On croyait vouloir raconter un événement et c’est finalement un détail qui prend toute la place. Une phrase nous étonne nous-même.
L’écriture peut ainsi nous permettre de prendre un peu de recul, de regarder autrement une expérience, de retrouver un souvenir ou simplement de laisser émerger quelque chose que l’on ne savait parfois même pas porter.
Elle ne fait pas nécessairement disparaître ce qui est difficile, mais elle peut lui donner un endroit où exister autrement.... Et cela fait parfois simplement du bien.
Une interview à regarder
L’entretien avec Régine Detambel aborde beaucoup d’autres sujets : la mémoire, les capacités cognitives, la solitude créatrice, la transmission, la bibliothérapie, la lecture ou encore la place prise par les écrans dans notre quotidien. Je vous invite chaleureusement à la découvrir.
L’interview dure environ une heure. Prenez peut-être un carnet à proximité : il se pourrait bien qu’après l’avoir regardée, vous ayez envie d’y écrire quelques lignes !



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